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Attaques au couteau : les principes d'une défense efficace
Written by Bruce et Guillaume   
Friday, 06 June 2008 11:13
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Nous vous proposons d'aborder les éléments principaux qui composent une agression au couteau ainsi que les impératifs à prendre en compte en vue d'une défense simple et efficace. Tour à tour, nous explorerons les conditions physiques et psychologiques dans lesquelles se trouvent l'attaquant et la cible dans ce type de situation et nous aboutirons sur quelques pistes d'études à approfondir si l'on veut travailler sur ce type d'attaque.
Bien que pratiquants plusieurs disciplines martiales (Aïkido, Krav-Maga, Systema, Self-defense), les auteurs ne revendiquent pas un statut d'experts, l'analyse qui va suivre n'est qu'une façon de faire parmi beaucoup d'autres systèmes. Cependant, nous avons essayé de retenir les pistes les plus intéressantes pour les pratiquants d'Aïkido. Le but n'est pas ici de donner un cours technique, même si certaines réponses martiales seront détaillées.

En préambule, il est intéressant de souligner qu'il existe 3 types majeurs d'agressions possibles à l'arme blanche :

1. La menace sans qu'il y ait de contact entre l'arme de l'agresseur avec une partie du corps de la victime.

2. La menace avec contact entre l'arme de l'agresseur et la victime. Celle-ci est généralement accompagnée d'une saisie.

3. L'attaque, c'est-à-dire la décision de l'agresseur d'aller perforer ou trancher la cible à l'aide de son arme. On pourrait subdiviser ce dernier type d'agression en deux catégories :

a.      l'attaque avec une menace préalable

b.      l'attaque prédéterminée et sans appel.

Il est à noter que les deux premier cas sont fort heureusement les plus courants, bien qu'ils soient rarement abordés dans les arts martiaux traditionnels.

Avant d'aborder le descriptif de la réponse qui nous paraît la plus adaptée face à chacun de ces 3 types d'agression, il semble important d'avoir à l'esprit quelques paramètres physiologiques, psychiques et empiriques...

- Très peu d'individus peuvent faire deux choses en même temps. Je ne peux pas par exemple répondre à une question et prendre la décision de trancher la gorge de la personne que je menace.

- L'agresseur est psychiquement en position de dominant et la victime en position de dominé. Dans le cadre d'une menace en vue d'un vol ou d'un racket le dominant est rapidement en perte de vigilance, en particulier si le dominé amplifie son rôle de dominé.

- Une personne qui vous menace ou vous attaque à l'arme blanche se cramponne à son arme et n'utilisera que très rarement ses autres armes naturelles.

- La manière de tenir un couteau autorise certaines attaques et en rend impossible d'autres. Par exemple, si je tiens un rasoir je ne pourrai que trancher et si je tiens mon poignard lame vers le bas je ne pourrai que poignarder.

- La majorité des agressions au couteau n'est pas mortelle.

- Il est désormais bien rare qu'une agression (armée ou non) soit « d'homme à homme ». La population environnante et le lieu de l'agression sont donc des facteurs à ne négliger en aucun cas.

- Statistiquement, la zone privilégiée d'attaque au couteau est à plus de 80% la poitrine.

Faire face à une menace à distance :

Le fait qu'un individu vous menace à une distance d'une longueur de bras peut souvent être révélateur d'un manque de confiance en lui et d'un stress profond. N'étant pas « dominant » il est dangereux car imprévisible et impulsif. Cependant, il est assez important de pouvoir juger à qui on a affaire. Si l'agresseur est expérimenté dans l'attaque au couteau, les moulinets seront absents car il gardera son arme sous le contrôle le plus strict. Un expert au couteau garde généralement l'arme près de son corps et laisse les extrémités de ses membres à l'écart d'une saisie potentielle ou de la portée d'une autre arme. Il vise également de préférence les parties du corps non protégées par des os, dans lesquelles la lame peut s'introduire plus facilement, privilégiant par exemple le ventre par rapport au visage.

Ce que l'on cherche lorsqu'on étudie de façon systématique n'importe quel phénomène, ce sont des modèles fiables d'analyse et de prédiction. Souvenez-vous bien d'une chose à propos de l'entraînement : il s'agit de battre les probabilités. Un modèle, qu'il soit psychologique ou physique, n'est applicable que si le corps ou le cerveau fonctionne de façon « normale », c'est-à-dire d'une manière rationnelle et donc prévisible.

Face à un agresseur, il convient donc de le rassurer afin qu'il adopte une attitude de dominateur. Vous pouvez par exemple adopter une gestuelle de soumission comme baisser les yeux, lever les mains (doucement), lui expliquer rapidement qu'il aura ce qu'il veut et que vous avez des enfants. L'intérêt de le rendre dominateur est d'abaisser son degré de vigilance et encore une fois de lui faire adopter un comportement rationnel.

On ne peut maintenir un état de concentration et de vigilance élevé pendant un long moment. Un élément de distraction ou un succès dans ce que l'on tente nous font automatiquement baisser ce niveau d'attention.

C'est exactement ce principe qu'un illusionniste utilise lors d'un tour. Les moments de tension sont les moments où il ne se passe rien à part une dramatisation de la scène. Le prestidigitateur opère la manipulation ou le « truc » juste après un de ces moments de tension, pendant la phase de relâchement où le spectateur n'est plus aussi perceptif. À l'image de ce que nous essayons d'accomplir en défense (conforter l'agresseur dans sa position de dominateur), un magicien fait souvent volontairement une maladresse afin de pousser son public à sous-estimer ses capacités, et par conséquent baisser son degré d'attention et de méfiance. Encore une fois, le magicien emploie des techniques mentales pour manipuler son public mais celui-ci doit être attentif. Il n'y a rien de pire pour un magicien que la présence d'individus distraits autour de lui et ne regardant pas vraiment ce qu'il fait, car ces gens ne pourront pas être induits dans l'erreur aussi facilement qu'un public attentif, et ils seront susceptibles de percevoir involontairement le « truc » du coin de l'œil.

De retour dans la rue, le tout ne doit donc pas prendre plus de 3 ou 4 secondes car un évènement extérieur (bruit, présence etc...) peut rapidement faire basculer l'assaillant dans l'angoisse et même le pousser à l'attaque dans un acte réflexe. C'est pour cette raison que les spécialistes du combat de rue redoutent les utilisateurs de certaines drogues car ceux-ci sont imprévisibles et n'ont plus les limites (ou tabous) en terme d'agressivité, de violence et de motif d'agression qu'un individu sobre. Même si une personne saine d'esprit possède normalement ces limites, il est en revanche possible qu'il choisisse de les mettre de côté un moment pour atteindre son objectif. C'est pourquoi les crimes crapuleux sont en général moins violents que les crimes dits « gratuits » car ils sont commis par un individu dont la violence n'est qu'un moyen pour arriver à ses fins. On parle à ce sujet souvent du « code d'honneur » de certains malfrats, en particulier dans le grand banditisme.

Une fois que l'agresseur est dans un état psychologique stable, il est important de déclencher le geste de défense au moment le plus opportun, afin de mettre le plus de chances de son côté en maximisant l'effet de l'action. L'attitude généralement enseignée est de demander à l'agresseur ce qu'il veut. Il s'agit ici de lui faire exécuter une action principale afin de rendre l'action d'agresser secondaire. On choisira préférablement le moment de la riposte au milieu de sa formulation, au milieu d'une phrase, au milieu d'un mot alors que le cerveau de l'agresseur est occupé à formuler la réponse. Il est intéressant de noter qu'en général, la violence est le dernier moyen possible de communication. C'est vrai pour les individus quand l'incompréhension domine, mais aussi en politique quand tous les moyens de négociation pacifique ont été épuisés. Ici, en forçant l'individu à parler, on rétablit ce système de communication antérieur à la violence.

On peut noter que certains instructeurs encouragent la victime à parler et agir au milieu de sa propre formulation. Le principal intérêt est de mieux maîtriser le timing sans être dépendant de l'élocution de l'attaquant, ainsi que, probablement, induire une certaine confusion chez l'agresseur par l'utilisation de techniques de type Neuro-Linguistic Programming. Nous mentionnons cette approche intéressante principalement pour information car l'exercice nous paraît assez difficile à réaliser par des non spécialistes, en particulier si on considère les conditions de stress intense générées par l'agression.

L'aspect purement technique se décompose en général en trois phases : déviation de l'arme, frappe et saisie simultanée (photos 1, 2, 3, 4 et 5). Un contrôle est possible, cependant, il faut garder à l'esprit qu'un autre agresseur peut surgir. La clef de finition n'a donc pas un objectif de contrôle mais plutôt de destruction afin d'éviter une course poursuite et une nouvelle agression qui celle-ci, sera construite et déterminée. Il convient bien évidemment de ne jamais laisser l'arme à l'agresseur même s'il est « au tapis ». Il est à noter que sur ce type de menace, la tenue de l'arme est classique c'est-à-dire, la partie menaçante (pointe) tendue vers la cible.

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Photo 1 Photo2
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Photo3 Photo4
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Photo5
Faire face à une menace à courte distance :


À l'opposé du type de menace évoqué précédemment, une personne qui vous menace à courte distance fait preuve d'une certaine confiance en elle. Par conséquent, elle est probablement déjà dans un état d'esprit plutôt dominant et a sans doute une certaine expérience de ce type d'agression. La menace peut être exécutée de face (avec ou sans saisie), de dos et plus rarement de côté. Le contact de l'arme se fait généralement sur le cou, l'abdomen ou bien les reins si la lame est dans le dos.

Évidemment, cette situation induit un stress extrêmement important chez la cible, en particulier si celle-ci est accolée à un mur, ce qui la prive d'un certain nombre de possibilités d'échappatoire et de déplacement, en particulier des techniques dites « simples » basées sur l'esquive.

Ce ressenti psychologique est une contre-vérité technique qui doit être balayée par l'entraînement. La trame reste donc sensiblement comparable à la gestion du type de menace vu précédemment. Même si le fait de s'afficher clairement comme le dominé est moins crucial que dans la situation précédente, à cause de l'état d'esprit déjà confiant de l'agresseur, il faut tout de même renforcer cette position avant d'amener l'agresseur à parler, pour agir comme on l'a vu, au milieu de sa formulation. (Photos 6, 7, 8, 9, 10 pour la menace de face)

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Photo 6
Photo 7
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Photo 8 Photo 9
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Photo 10

Faire face à une attaque :

Nous voici donc au moment où la décision d'attaquer a été prise. On a vu précédemment que la tenue de l'arme ainsi que le type d'arme utilisé sont révélateurs du niveau de l'agresseur. On peut ajouter que lorsque l'agresseur tient son couteau pointe vers le bas et pouce sur le pommeau, ou pointe vers le haut mais pommeau dans le creux de sa paume, cela révèle aussi une bonne connaissance du maniement de l'arme blanche. Il fait peut-être partie des très rares agresseurs capables d'utiliser à la fois une arme blanche et les armes naturelles (pieds, poings, coudes...). Ce dernier ne s'énerve pas, ses yeux sont fixes et ses pupilles dilatées : signe qu'il est déterminé, attentif mais détendu et capable de feintes ou de contres.

Il peut être tout à fait judicieux, juste avant le déclenchement de l'attaque, de perturber l'agresseur par une action de diversion, par exemple lui jeter ses clefs, son portefeuille ou son portable au visage. Ceci permet de gagner un petit avantage temporel dans l'action, qui sera préférentiellement une saisie suivie de un ou plusieurs atémis, avant de passer au contrôle (photos 11 et 12).

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Photo 11
Photo 12

On est alors dans l'attaque avant l'attaque le sen no sen en Budo. Il est à noter que cette tactique est très efficace car simple et sans grand risque.

Sur un agresseur qui n'attaque pas vraiment, se dandine, fait des feintes, il s'agit de rentrer frontalement car même s'il réussit à porter un coup, il sera rarement puissant ; donc peu perforant ou coupant. En général, la zone visée par ce type d'agresseur n'est pas une zone vitale. Le risque est donc mais réduit. Mais la majeure partie des instructeurs de combat à mains nues le disent : contre une attaque au couteau, même si vous vous en sortez, vous serez très probablement coupé. Il faut en être conscient. Dans ce cas on pourra procéder comme vu précédemment, c'est-à-dire prendre l'initiative soit à l'aide d'une diversion soit sans préambule. On optera plutôt pour un coup de pied, type mae geri,, afin de garantir une allonge supérieure à celle du bras armé de l'assaillant.

Le premier geste de défense doit avant tout être naturel. Il est primordial de bien étudier le mouvement instinctif que nous exécutons naturellement lorsqu'un individu nous donne un coup de façon inattendue. Le stress engendré par la surprise entrant en jeu, il sera très difficile le moment venu d'aller contre son instinct de défense primaire. On parle en général d'adrenaline pump qui décuple notre vitesse et nos réflexes mais modifie assez dramatiquement notre état de conscience, réduisant le degré de complexité des actions que nous pouvons effectuer. Il convient donc de faire avec sans être dupe du fait que l'on n'aura accès qu'à une faible partie de notre potentiel moteur.

Prenons un exemple simple : nous avons tous un jour ou l'autre reçu une gifle par surprise. Le mouvement réflexe est bien sûr de se protéger le visage en levant les mains. Il convient donc de travailler à partir de ce réflexe (photos 13, 14, 15, 16, 17).

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Photo 13
Photo 14
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Photo 15
Photo 16
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Photo 17

Il plutôt intéressant et ludique de se tester pour mettre en évidence les mouvements réflexes que l'on effectue en réponse à différents types d'attaque. Généralement, pour tout ce qui arrive au visage, on monte les mains (exactement comme les enfants) et pour ce qui arrive vers l'abdomen ou le bas ventre, on les descend ! Une fois ce constat établi, il suffit de combiner la défense instinctive avec la technique apprise telle qu'un atémi suivi d'une clé de soumission. L'intérêt de cette approche est que la technique apprise s'appuie sur une action instinctive, ce qui permet à la réponse globale de se faire naturellement et dans le bon timing.

Les types d'atémis à utiliser peuvent être très variés, cependant, la simplicité et l'efficacité doivent être au cœur de la réflexion. Sans entrer dans les détails, un point-clé est à retenir : il est capital de penser en priorité à préserver son intégrité physique tout au long de l'action. C'est pour cela que l'on favorise des atémis mains ouvertes, qui permettent frappes et saisie immédiate, voire même une projection en un seul mouvement. Les phalanges qui sont très fragiles ne risquent alors pas d'être endommagées, ce qui permet de faire de face à un autre agresseur sans être diminué ou blessé.

Nous envisageons ici deux formes d'attaque : l'une se fait avec les pieds, l'autre avec les mains. À ce sujet, on doit garder à l'esprit qu'il existe cinq cibles principales de frappe avec les mains qui soient à la fois simples d'accès et efficaces. Ces zones sont la gorge, le visage (triangle, yeux, nez, menton), le cou (carotide, nuque), le bas-ventre (photos 17, 18, 19) et le plexus solaire. Pour ce qui est des frappes de pied, on envisagera trois zones essentielles : les tibias, les genoux et encore une fois les parties génitales. Les coups de pied hauts sont bien connus pour être suicidaires hors des compétitions sportives.

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Photo 17
Photo 18
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Photo 19

Il convient maintenant d'analyser les conditions requises pour s'assurer de l'efficacité de ces deux types d'attaques majeurs. Une bonne attaque avec les membres supérieurs s'effectue main ouverte et sans signal d'appel (le tsuki est à bannir). Pour ce qui est des attaques de pied, la priorité est également l'absence de signal d'appel. Bien que cet aspect relève du bon sens, il demande un certain entraînement car il n'est pas du tout naturel. Il est en fait très compliqué d'être simple ! Pour ces deux types d'attaque, il est important de pouvoir les exécuter dans toutes les directions. Par exemple, que l'agresseur soit à ma droite, à ma gauche, devant ou derrière moi, je dois pouvoir le frapper main ouverte vers n'importe quelle zone.

C'est le membre le plus proche de l'agresseur qui sera utilisé en priorité. Ainsi, si je suis en garde pied gauche devant, il est hors de question de frapper de la jambe droite ou de la main droite. Le principe de la frappe est essentiel avant d'envisager de passer toutes les autres technique de contrôle, cependant, il existe une exception non négligeable : celle du junky. Une personne sous l'emprise de drogue (parfois même d'alcool) a une très forte résistance aux coups comme aux clefs ; l'efficacité n'est alors pas forcément immédiate, ce qui est dangereux pour soi mais aussi pour l'agresseur. Il est ainsi arrivé qu'un portier assène plusieurs coups de coude (arme naturellement dévastatrice) successifs à une personne droguée car il ne constatait pas d'effet immédiat à la première frappe. La personne décéda quelques heures plus tard. Pour ce type spécifique d'agresseur, on recherche en priorité à travailler sur un étranglement, qui seul pourra permettre « un retour au calme » de l'attaquant dans les conditions les plus sûres possibles pour l'un et l'autre. Dans ce cas, la frappe est alors juste un outil de déstabilisation afin de passer à l'étranglement.

La prise de garde s'effectue dans le cas où l'attaque apparaît imminente ou lorsqu'on a déjà fait face à une menace ou une attaque d'un premier agresseur. On entre là dans la problématique d'un groupe d'agresseurs. La prise de garde doit pouvoir permettre de faire face à l'ensemble des directions d'attaques : que l'on soit en garde à droite ou à gauche, la même technique d'entrée doit pouvoir être appliquée. Malheureusement, face à plusieurs agresseurs, l'effet de surprise ne peut raisonnablement pas fonctionner à l'infini, même si on peut supposer que le passage de dominé à dominant, d'agneau à loup, puisse faire réfléchir ! C'est alors l'occasion idéale pour fuir. Parfois, il n'y a plus rien d'autre à faire. La meilleure technique martiale reste la course à pied.

Dans le cas d'une agression de groupe, outre la réponse énoncée ci-dessus, il est possible d'adopter la technique du bouclier humain comme en randori d'Aïkido. Cette technique consiste, après avoir répondu à la première menace ou attaque, à « prendre en otage » l'un des attaquants pour se protéger des suivants. Cette application nécessite un entraînement spécifique que nous ne développerons pas ici car étant techniquement compliquée, elle mériterait un article spécifique.

Enfin, il est tout à fait primordial de garder à l'esprit le principe « d'égaliseur ». Si on a la possibilité de se munir d'un parapluie, d'une canne ou d'une bouteille pour faire face à une attaque, il ne faut pas s'en priver ! C'est ce que fit Maître Gozo Shioda en 1941 dans un tripot en se servant d'un tesson de bouteille pour faire face à plusieurs belligérants.

De même, n'oublions pas qu'il est tout à fait judicieux de récupérer l'arme de l'agresseur afin de l'utiliser sur d'éventuels comparses. À ce sujet, un exercice intéressant et assez contre-intuitif consiste dans le cas d'attaque couteau contre couteau, à trancher l'intérieur du poignet de l'adversaire (ou n'importe quelle autre extrémité) lors de l'attaque, plutôt que d'essayer de rentrer « à l'intérieur » comme il est conseillé en cas de défense à mains nues, car dans ces zones, l'état de choc induit par la perte de sang considérable met rapidement l'attaquant hors de combat. Cette approche est particulièrement adaptée lorsque l'agresseur effectue des moulinets avec son arme.

Conclusions :

Le sujet de la gestion d'une attaque au couteau est vaste, et la compréhension des principes d'ensemble est importante, mais ne remplacera jamais l'entraînement et la répétition des gestes. En plus de ce travail technique, la mise en situation par des randori est en bonne partie garante d'un résultat significatif. En cela, l'entrainement à l'Aïkido peut être riche d'enseignements car les principes que nous connaissons au travers de notre pratique sont souvent très adaptés comme les notions d'Irimi, de déflection de la force, de regard périphérique etc. Bien sur, l'entrainement « traditionnel » peut paraître éloigné des éléments clés décrits dans le présent article mais comme tout ce qui marche, l'Aïkido doit évoluer avec le type de situations auxquelles on est susceptible de faire face. Ce qui était la norme en termes de violence il y a 30 ans est a présent bien différent. L'entrainement et les techniques devraient donc être flexibles et adaptables. Cela suppose une bonne dose de réflexion et de créativité pour sortir du conformisme et du joug imposé par nos certitudes, nos codes, nos systèmes et nos styles.

Tori: Bruce Dugardin

Uke: Didier Mounier

Photos: Jean Philippe Mohimont 2007-10-02-defcouteau-01.JPG



 
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