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Avant de s'attaquer au cœur du sujet, il me parait très important de rappeler que dans la culture populaire, la juxtaposition du mot Art et de l'adjectif martial (de Mars, dieu de la guerre : qui dénote une attitude belliqueuse) est souvent faite afin de décrire spécifiquement et séparer les systèmes de combat orientaux, en particulier japonais de ceux issus d'autres pays. On peut bien évidemment se questionner sur la pertinence d'un tel choix sur les raisons ayant conduit à l'utilisation d'une telle expression puisque l'Occident lui-même n'a jamais été en reste en ce qui concerne les techniques guerrières. Les nations européennes à géographie variable ont de tout temps été en conflit les unes avec les autres, et ce, jusqu'à très récemment. Pourtant, malgré cet héritage et les efforts de quelques groupes d'amateurs, il est beaucoup plus rare de voir des individus passer leur week-end à manœuvrer de lourdes épées à deux mains sous des armures de plates que des pratiquants nus-pieds en pyjamas blancs. L'aspect récréatif des disciplines guerrières occidentales existe pourtant lui aussi depuis des lustres avec en particulier les fameux lutteurs grecs et les jeux de l'Olympe.
Si l'on veut remonter au plus loin dans l'implantation des Budo (武道) en Europe, il faut s'attarder sur un des plus célèbres personnages de son temps et qui s'illustra à plusieurs reprises par son utilisation de techniques de combat « exotiques » et « justes » face a des rufians sans foi ni loi. Je veux bien sûr parler du grand Sherlock Holmes et de son Bartitsu (Écrit « baritsu » dans le livre, un art martial qui sauva maintes fois Holmes et de la façon la plus notable lorsqu'il eut à faire face a son ennemi juré, le professeur James Moriarty dans « The Final Problem »). Sir Arthur Conan Doyle, le créateur de Holmes, avait en fait été en contact avec un certain Edward William Barton-Wright, un ingénieur Anglais qui avait passé trois ans au Japon et était retourné en Angleterre en annonçant la création d'un nouvel art d'auto défense, ceci dès 1898. Il fut sans doute le tout premier occidental à enseigner un art martial en Europe. Son approche était révolutionnaire consistait en un mélange total des genres et des disciplines et il fut le tout premier organisateur de combats de « mixed martial arts », ce qui le fit précéder Bruce Lee et son Jeet Kune Do ainsi que la famille Gracie de bien 70 ans. Après le travail de quelques pionniers comme Barton-Wright, ce fut au tour d'instructeurs japonais de venir en Europe pour enseigner. De façon encore plus significative, ce sont les systèmes grandement influencés par la pratique des arts martiaux japonais créés par des instructeurs tels que Bill Underwood et William Fairbairn qui deviendront les bases du « close-combat » et qui seront pratiqués par la majeure partie des armées occidentales à partir de la Seconde Guerre mondiale et durant tout le 20e siècle.
C'est ce nouveau pragmatisme qui fut instrumental à la diffusion incroyable des arts martiaux Japonais en Europe alors que les formes locales telles que la boxe, l'escrime, la canne ou la savate avaient depuis longtemps déserté les rues aux profits des salons mondains en devenant des sports, cette activité récente développée au sein de l'élite sociale de l'Angleterre industrielle du XIXe siècle et sensée être bénéfique pour le corps. La grosse différence entre le sport antique et ce sport moderne tenait à la notion de « record ». Philippe Lyotard, un historien de l'université de Montpellier dit a ce sujet : « Il y a une coupure très nette entre le sport moderne et le sport antique : c'est la notion de record (et donc de performance). Le record et la performance expriment une vision du monde qui est profondément différente entre les Grecs et les modernes. La culture du corps est différente. Pour les Grecs, cette culture est rituelle, culturelle, d'inspiration religieuse, pour les modernes, le corps est une machine de rendement. » Nous voici donc précisément sur le point le plus important en ce qui concerne ce que les arts martiaux avaient à proposer.
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