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Interview avec Henry Kono Senseï
Écrit par Guillaume Erard   
Mardi, 22 Avril 2008 09:32

Henry Kono.jpg« Il basait tout cela sur quelque chose de simple, ça ; j'en ai eu la conviction dès le tout premier jour ..

Ces mots sont ceux d'un personnage tout à fait extraordinaire. Il s'agit d' Henry Kono Senseï, qui fêtera ses 80 ans en août prochain dont 43 ans de pratique de l'Aïkido. Henry Kono est citoyen Canadien d'origine Japonaise et pendant 4 ans, il fut parmi les rares étrangers à avoir eu la chance d'étudier auprès du fondateur de l'Aïkido, O Senseï Moriheï Ueshiba. Ce qui rend l'expérience d'Henry particulière est le fait qu'il était le seul étranger à pouvoir comprendre le Japonais et que selon lui, c'est cette capacité ainsi qu'une sensibilité tout à fait occidentale qui lui ont permis de faire une lecture différente de ce que faisait le maître Ueshiba.

 

Henry Kono vient régulièrement enseigner en Irlande et il a eu la gentillesse d'accorder une matinée d'interview à Aïkidoka Magazine. Ceci est le premier entretien avec Henry Kono publié en langue française. Il reste habituellement très discret, distillant son savoir à qui veut bien écouter dans une simplicité et une bonne humeur étonnantes. Nous avions rendez-vous dans la matinée pour un entretien rapide. Au final, je passerai près de 3 heures en compagnie d'Henry Kono, celui-ci n'hésitant jamais à se lever pour démontrer les concepts envisagés.

Henry Kono and Crihs O'Connell.JPGGuillaume Erard : Vous enseignez régulièrement en Irlande depuis presque 10 ans...

Henry Kono :
C'est mon ami Alan (NDR : Alan Ruddock, 6e dan d'Aïkido est l'importateur du Karaté Shotokan en Irlande et un pionnier de l'Aïkido depuis 1964. Il est aussi le seul Irlandais à avoir étudié avec O Senseï) qui m'a fait venir. Nous étions ensemble au Hombu dojo, mais nous ne nous étions pas écrits depuis 30 ans. Un jour il m'a contacté, car il avait entendu dire que j'étais toujours vivant et m'a demandé si ça me disait de venir le voir en Irlande. Je me suis donc retrouvé à faire cours ici deux ou trois fois par an avec en particulier un stage d'été d'une semaine à Galway animé par Alan et moi. Pour une raison que j'ignore, ici, les gens ont accroché à mon enseignement alors qu'à Toronto, ils me prennent pour un cinglé (rires). Ici les gens sont si gentils et aimables qu'ils arrivent à faire fi de tout préjugé beaucoup plus facilement qu'ailleurs.

G.E. : Et depuis, le nombre d'élèves a grandi chaque année. Le stage d'été à Galway est l'un des plus gros stages en Irlande avec pas moins de 80 personnes sur le tapis chaque jour et presque 120 le week-end.

H. K. : C'est cela ! Les gens me disent souvent que Galway est le stage le plus agréable auquel ils aient participé. Cela dit, je préfère les stages réduits, avec au maximum 30 à 40 personnes. Au-delà, personne ne voit plus rien, en particulier moi, car je suis petit. Alors, c'est juste histoire de dire « j'y étais ».

G.E. : Remontons un peu dans le temps. Comment avez-vous atterri sur les tatamis du Hombu dojo ?

H. K. : J'ai été élevé au Canada, mais mes parents étaient originaires de Shikoku. À un moment donné, j'ai voulu en apprendre plus sur mes racines si bien qu'en 1964, j'ai décidé d'aller au Japon pour rendre visite aux familles de mes parents. Une fois ceci fait, il me restait encore 5 mois avant l'expiration de mon VISA et j'ai donc voulu trouver une activité afin de passer le temps. J'avais entendu parler de cet individu extraordinaire, Morihei Ueshiba, qui enseignait à Tokyo un art magique et j'ai donc décidé d'aller voir de quoi il s'agissait. Je suis en fait resté 4 ans.

Henry Kono.JPGG.E. : Vous aviez 37 ans à l'époque. Cela a-t-il été un inconvénient pour débuter l'Aïkido, en particulier lorsque des gens comme Alan et Ken (NDR : Ken Cottier, 7e dan Aikikaï Shihan, citoyen Anglais en charge de l'Aïkikaï de Hong Kong) étaient dans leur vingtaine ?

H. K. : En fait, je pense que cette "maturité" m'a aidé à ne pas commettre certaines erreurs. Au début, j'ai pensé : « si seulement j'étais venu dix ans plus tôt; j'aurais pu pratiquer à fond la gomme et me jeter contre les murs comme les autres »; mais en fait, cela m'a évité de tomber dans le piège de l'aspect physique de l'Aïkido. Je me suis donc concentré sur les principes qui gouvernaient cette discipline.

C'est à mon deuxième jour au Hombu que j'ai vu O Senseï pour la première fois. Il fit une démonstration pendant à peu près 20 minutes et à ce moment précis je me suis dit « ce vieil homme ne fait pas la même chose que nous ». Dès lors, j'ai su qu'il basait tout cela sur quelque chose de simple et d'évident, mais que je n'arrivais pas encore à saisir. Chaque jour où je le voyais, je me disais « à quoi est-il en train de penser ? » et pas comme tant d'autres « qu'est-il en train de faire ? ». Les Senseï du Hombu disaient toujours que c'était le résultat de 60 ans de pratique. Moi j'ai été convaincu très rapidement que c'était à cause de la façon dont il pensait qu'il faisait ce qu'il faisait. Comment aurait-il pu en être autrement ? Quand tu es en situation de vie ou de mort, tu dois réagir en un millième de seconde et faire exactement ce qu'il faut au bon moment, tu n'as pas le temps de choisir dans une collection encyclopédique la technique qu'il te faut ; pas le temps de juger, évaluer, sentir. Il faut savoir !

G.E. : Ceci est très proche de ce que certains maîtres disent à propos de situations de stress extrême. Nos facultés mentales et motrices sont très réduites dans ces moments cruciaux à cause de la peur et de la décharge d'adrénaline.

H. K. : C'est tout à fait ça, tu ne peux te permettre de faire appel à ton intellect dans ces cas là, la réponse adéquate tient du réflexe, non du décisionnel. Quand le type cours vers toi, pas le temps de penser : Pourquoi ? Comment ? Quand ? C'est comme en danse, les deux partenaires ne se font pas bouger l'un l'autre, mais bougent ensemble, mais comme les Japonais ne dansent pas, ils ne pouvaient pas comprendre (rires). C'est amusant, si tu vois un couple danser, ils sont en totale harmonie, mais si tu les mets sur un tatami le week-end d'après et que tu leur dis qu'ils font de l'Aïkido, plus d'harmonie. Ils se vissent l'un l'autre sur le tapis ! Pour ramener cela à l'Aïkido et au Yin et Yang, Yin ne décide pas de déséquilibrer yang, ils bougent ensemble. (NDLR : Une introduction aux concepts développés par Henry Kono figurera bientôt dans la rubrique Waza. Ils ont été exclus de cette interview pour des raisons de lisibilité).

Henry Kono.JPGG.E. : Le fait que vous n'avez pas été élevé comme un Japonais a-t-il été un inconvénient ?

H. K. : En fait, cela m'a aidé pour plusieurs raisons. D'abord, je n'étais pas encombré par le mythe du Bushido qui dit que l'apprentissage martial doit être douloureux, voire mortel. O Senseï avait développé quelque chose de très différent du Bujutsu traditionnel et beaucoup de Japonais avaient du mal à le comprendre. Le second avantage que j'avais en tant qu'étranger est que j'ai toujours concentré mes efforts seulement sur ce que faisait O Senseï, pas sur les autres Senseï puisque je pensais qu'ils faisaient quelque chose de différent de ce que faisait Ueshiba. Au Japon, le respect voué aux plus avancés que soi est tel que l'on doit faire tout ce qu'ils disent, même si ce n'est manifestement pas ce que le maître a montré. Moi, je faisais juste semblant de faire ce que les autres Senseï faisaient en restant poli et on ne m'en voulait pas (rires).

G.E. : On ne vous en voulait pas parce que vous n'étiez qu'un étranger...

HK : Eh oui, je pouvais m'en sortir grâce à ça ! Le meilleur des deux mondes (rires) !

G.E. : Au sujet de votre pratique, beaucoup de gens trouvent cela très doux.

H. K. : La plupart du temps les classes au Hombu n'étaient pas dures non plus ! On répétait juste un mouvement encore et encore. Il paraît que ça a changé après. C'est ce que m'avait dit Terry Dobson. Cependant, je dois avouer que comme les autres je me demandais : « où est-ce que tout cela va aboutir ? Pourquoi pratique-t-on si doucement ? ».

Henry Kono - Yin and Yang in motion


G.E. : Vous vous demandiez quand la vraie application allait venir ?

H. K. : Exactement ! Parce que ce que tu veux faire quand uke arrive, c'est le visser au sol et bang ! (rires) Au début tu crois que c'est ça que tu es est venu apprendre, hein ? Mais tu vois bien qu'en fait, c'était tout le contraire qu'il fallait faire. Ça, beaucoup ne l'ont pas saisi.

Henry Kono.JPGG.E. : C'est vrai que beaucoup de maîtres disent que Ueshiba avait enlevé l'aspect martial de l'Aïkido vers la fin de sa vie...

H. K. : Oui j'ai vu des cassettes où des maîtres disent ça, mais c'est là que je me dis qu'ils ont raté l'essentiel. En fait, il a juste ôté les notions de victoire et de défaite à son Budo. Je pense que c'est dû au fait qu'il a été très choqué par ce qu'il s'est passé lors de la Seconde Guerre mondiale, en particulier avec le largage des deux bombes atomiques. Il a réalisé que si l'Homme continuait à s'opposer, concourir et se faire la guerre, ce serait la fin. Il est donc parti de ce qu'il connaissait, des techniques martiales issues du Daïto Ryu, et s'en est servi pour développer un système de résolution harmonieuse des conflits. Il aurait pu utiliser une tout autre approche. Pourtant, l'efficacité et la martialité étaient toujours aussi présentes, mais débarrassées de l'aspect visible, débarrassées de toute opposition. En fait, après la guerre, lorsqu'un élève disait à O Senseï que ce qu'il faisait était différent de la façon dont il exécutait une technique avant (Cf. le livre Budo comparé aux vidéos plus tardives d'O Senseï) O Senseï disait « oublie ce que je faisais avant, c'est fini. Maintenant je fais de l'Aïkido ! ».

G.E. : Ce que certains considéraient comme les délires mystiques d'un vieil homme n'ayant plus toute sa tête en somme.

H. K. : Malheureusement... De quoi parlait Ueshiba dans l'Aïkido ? Toi et lui vous bougez ensemble, tu te retrouves à terre, immobile, mais tu ne sais pas pourquoi. Tu te relèves et rebelote, tu es encore à terre sans raison. Quand O Senseï avait ses mains sur toi tu ne pouvais pas te relever même si tu ne comprenais pas pourquoi. S'il s'était assis sur toi en te bloquant les bras tu aurais su pourquoi, mais là rien. Pour une raison inconnue, tu ne pouvais même pas mettre de force dans tes membres. Cela aurait été si facile si on avait physiquement senti ce qu'il nous faisait; on se serait dit ok, c'est un pro, il est meilleur techniquement, il m'a eu. Mais en réalité, personne n'a jamais ressenti ça, on ne comprenait pas pourquoi on se retrouvait au sol à chaque fois.

G.E. : Seriez-vous arrivé au genre de réalisation qui est la votre si vous n'aviez pas eu cette expérience au Hombu dojo ?

H. K. : Absolument pas; j'aurais pu m'entraîner pendant 40 ans au Canada et ne pas comprendre ce que j'ai compris si je n'avais pas vu O Senseï pratiquer. Je suis resté quatre ans au Japon uniquement à cause de lui. C'est parce que je l'ai vu que j'ai pu comprendre et surtout réaliser que ce qu'il faisait était différent de ce que nous faisions. Ueshiba n'expliquait jamais ce qu'il faisait; il montrait et nous répétions. Son discours était de plus très imagé et les indices qu'il nous donnait étaient très difficiles à dissocier de ses phrases mystiques.

Henry Kono.JPGG.E. : Nobuyoshi Tamura Senseï a dit une fois dans aiki journal qu'il n'écoutait pas O Senseï quand il parlait du kotodama, car il ne comprenait pas ce qu'il disait. À la place, il se concentrait sur la technique démontrée.

H. K. : Évidemment ! Pour nous tous, le discours d'O Senseï était un foutoir mystique dans lequel il jetait quelques indices, il fallait juste être suffisamment à l'écoute pour les intercepter (rires). La plus importante chose que tu dois comprendre est qu'O Senseï prenait son Aïkido comme un secret que lui auraient révélé les dieux eux-mêmes. Par conséquent dans sa tête, il ne lui appartenait pas de nous donner ce secret. Si nous le voulions, nous n'avions qu'à étudier les indices qu'il nous donnait et par une étude personnelle, demander nous-mêmes aux dieux. Ceci est bien évidemment extrêmement éloigné de la méthode occidentale de l'enseignement, mais bien des Japonais ne comprenaient pas cela non plus. Omotokyo enseignait une étude du Shinto et le Shinto est vraiment basé sur le Yin et le Yang; c'est d'ailleurs pour cela qu'O Senseï n'aimait pas le Zen, car sa cosmologie était différente... Mon Dieu qu'est ce qu'il avait horreur du Zen... (rires). Quand on lui disait « O Senseï, nous faisons du Zen ! », il s'écriait « DU ZEN?!! (Imitant O Senseï d'une voix autoritaire) ». Il fallait voir sa tête (rires)! C'est pour tout cela que quand tu allais vers O Senseï, tu devais vraiment avoir les idées larges.

G.E. : Cela me rappelle les écrits de maître Henry Plée, pionnier du Karaté européen, qui parle souvent des mystifications et des enseignements cachés des arts martiaux japonais.

H. K. : O Senseï lui, ne cachait rien, tout était dévoilé devant nous, mais nous ne le voyions pas. Tu sais, il a toujours été tout à fait normal pour les grands maîtres d'art martiaux japonais d'emporter avec eux leur secret dans la tombe. Ueshiba n'était pas différent. Alan a une vidéo de Shioda Senseï dans laquelle il dit que durant les 10 années qu'il a passé avec le fondateur; jamais Ueshiba n'a expliqué ne serait-ce qu'une seule fois, ce qu'il faisait. Il a du tout interpréter par lui-même.

Henry parlant au sujet d' O Sensei

G.E. : Et en quoi ce qu'il faisait était-il différent de ce que vous autres faisiez ?

H. K. : Nous, nous appliquions des techniques sur un partenaire de façon très compétitive. O Senseï lui, ne faisait que garder l'équilibre entre deux parties de la même entité; comme les deux parties qui composent le Yin et le Yang. Je me demande toujours comment il avait la patience de nous voir nous tromper et pourtant nous laisser faire en regardant. Cela dit, il lui arrivait de temps en temps de débouler dans le dojo en hurlant « personne ne fait de l'Aïkido ici ! Seules les femmes font de l'Aïkido ! ». Il prenait alors un uke pour le projeter pendant 10 minutes jusqu'à épuisement du pauvre type. Il finissait en disant : « Quand allez-vous comprendre que lui [uke] n'existe pas et que Ueshiba n'existe pas non plus ? ». Évidemment, ce genre de commentaires avait tendance à rentrer par une oreille et sortir par l'autre, mais moi; j'essayais de tout garder dans ma tête (NDR : dit-il en se bouchant les oreilles en riant). Une chose qu'on ne pouvait surtout pas faire, c'était demander « O Senseï, que ce que vous voulez dire ? ». On risquait de faire face à sa colère, ce que personne ne souhaitait faire évidemment (rires).

Je me souviens, lorsqu'il disait « Je ne vais sûrement pas vous dire ce que je fais », je marmonnais dans ma barbe « continue de parler vieil homme, avant de rentrer chez moi, je découvrirai ce qu'il y a dans ta tête.. » C'était comme un jeu entre nous.

Henry Kono.JPGG.E. : Qu'en est-il du Ki ?

H. K. : Là encore, c'est une histoire amusante. Un jour que nous arrivions juste à Iwama lorsque je lui dis à Ueshiba, « En fait, on m'a dit que vous faisiez ce que vous faites parce que vous avez acquis la maîtrise du Ki ». Il me répondit en hurlant : « Je suis né avec du Ki ! Qui vous a dit des sornettes pareilles ! Donnez-moi les noms ! Je veux les noms !» (rires). Là, je me suis dit que c'était une très mauvaise façon de démarrer la semaine et j'ai gardé profil bas jusqu'à la fin du séjour. En fait, je suppose que ce qu'il voulait dire est que chacun d'entre nous est en fait du Ki (énergie) rendu visible ni plus, ni moins.

G.E. : Pratiquiez-vous souvent les armes ?

H. K. : O Senseï disait souvent « Tant que vous n'êtes pas 3e dan, n'y touchez pas ! ». En fait, il pensait qu'il fallait nous éviter de pratiquer le Kenjutsu ou le Kendo qui sont des disciplines soit compétitives, soit ayant pour but de tuer alors que l'Aïkiken est juste un moyen nous mettre en équilibre toi et moi. Lorsqu' O Senseï était là, personne n'osait même lever les yeux sur une arme. Il est déjà difficile d'être complètement relâché quand on travaille à mains nues alors si on y ajoute une arme...

G.E. : Y a-t-il eu un déclic dans votre compréhension de l'Aïkido ?

H. K. : Oh, c'est une histoire amusante. Nous les étudiants étrangers avions préparé une petite fête pour son anniversaire avec un gâteau et tout cela. Ce jour-là, il était détendu et souriant alors je me suis dit que ce serait peut-être le moment de tenter ma chance avec une question. Au moment où il allait mettre en bouche un morceau de gâteau; je lui demandais « O Senseï; comment cela se fait-il que nous ne faisons pas la même chose que vous ? » Il répondit en souriant; « Je comprends le Yin et le Yang. Vous non ! ». Sans en avoir l'air, il venait juste de me donner le secret de l'Aïkido. Pourtant, je suis sûr qu'il avait déjà dû le dire à quelques personnes avant moi, mais moi. Je l'ai gardé au fond de moi jusqu'à ce je comprenne comment tout fonctionnait.

Foreign students around O Sensei Morihei Ueshiba.JPG
Le groupe d'étudiants étrangers autour de O Senseï lors de sa fête ‘anniversaire. De gauche à droite : (1er) Alan Ruddock, (2ème) Henry Kono, (6ème) O Senseï, (8ème) Kenneth Cottier et tout à droite Terry Dobson.


G.E. : Et comment avez-vous compris cela en partant de cette phrase d'O Senseï ?

H. K. : Avant de rentrer au Canada, j'ai passé quelques mois à Hawaï chez mon ami Steve. Il avait étudié sous la direction de Buckminster Fuller (NDR : Richard Buckminster Fuller était un visionnaire Américain, inventeur du Dôme géodésique et auteur de l'Operational Manual for Spaceship Earth) et comme tous ceux qui travaillaient avec lui, il avait dû étudier les philosophies orientales. Steve avait donc une large collection d'ouvrages en anglais à ce sujet. Je suis donc resté 3 mois chez lui à lire ces livres sur la plage et tout s'est construit de là, l'idée d'équilibre constant est venue de là. À partir de ce moment, j'ai compris comment effectuer Ikkyo de la façon dont O Senseï le faisait.

G.E. : Avec ce genre de discours, beaucoup auraient vite fait de penser que vous êtes soit fou, soit un peu mégalo.

H. K. : C'est bien pour ça que je reste dans mon coin, il y a assez de place pour tout le monde. S'ils pensent de cette manière, je n'ai rien contre le fait qu'ils pratiquent de cette manière. Je suis bien content qu'on me laisse en paix faire comme je veux. Je ne dis pas que ce qu'ils font est mal, je dis juste qu'il y a une façon différente de faire qui pour moi, rentre plus en accord avec ce dont parlait O Senseï.

G.E. : Vous êtes d'ailleurs resté volontairement en dehors des organisations officielles de l'Aïkido.

H. K. : C'est juste. Je me suis juste retrouvé en Irlande parce qu'Alan m'a demandé de venir et parce que les gens ont aimé la façon dont je pratiquais. Je vous enseigne et je te réponds aujourd'hui parce que j'ai 80 ans, je ne vais pas être ici bas encore très longtemps et je veux juste que ce que j'ai compris puisse être transmis; qu'il existe une trace quelque part ; c'est tout.

Henry Kono.JPGG.E. : Une dernière question pour la fin, mais celle-là, je la savoure : Kono Senseï, malgré le fait que vous nous expliquez tant, pourquoi n'arrive-t-on pas à faire ce que vous faites ?

H. K. : Je pense que vous essayez trop dur. C'est un art de savoir, pas un art de faire. Il faut tout relâcher et c'est ça qui est terrorisant, car sans force dans tes bras, tu n'as plus rien à part ton déplacement. Ça va complètement à l'inverse de ce que ton instinct te dicte.

G.E. : Un grand merci pour votre temps et votre gentillesse.



 
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