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Discussion avec John Rogers, 6e dan Aikikai
Écrit par Guillaume Erard   
Dimanche, 06 Mai 2007 23:39

John Rogers John Rogers (Seán Mac Ruairí) est l’instructeur en chef de l’Irish Aikido Federation – Ireland Aikikai. Il est aussi détenteur du titre de 6e dan Shidoin décerné par l’Aïkikaï de Tokyo. C’est a l’occasion du stage annuel de Printemps organisé par l’Ireland Aikikai qu’il a bien voulu nous accorder une entrevue afin de mettre en lumière sa carrière martiale et plus largement l’histoire de l’Aïkido en Irlande. Cette année, l’instructeur délégué par le Honbu Dojo de l’Aïkikaï était T. Kuribayashi Shihan. Il est à noter que l’année 2007 marque l’anniversaire des 35 ans de pratique de l’Aïkido en Irlande et aussi des 20 ans de la création du  dojo professionel de John Rogers à Dublin.

 

Guillaume Erard: Dans quelles circonstances avez-vous été initié à l’Aïkido?

John Rogers: J’ai commencé l’Aïkido en raison de mon gout pour l’exercice physique. J’ai fait pas mal de sport lorsque j’étais a l’école j’ai aussi été initié aux arts martiaux. C’est monsieur Matthew Folen ; un judoka Irlandais, qui m’a conseillé d’essayer l’Aïkido  si j’en avais un jour l’opportunité car selon lui, c’était « un budo plus complet » et que cela serait certainement plus en accord avec ma personnalité.

G.E.: A l’époque, y avait-il des instructeurs Japonais voyageant en Irlande? Aviez-vous des rapports avec les Aïkidoka du Royaume Uni?

J.R.: Au début des années 70, le monde de l’Aïkido Irlandais était très restreint, peu de gens pratiquaient mais il y avait un grand sens de la camaraderie. Pour en revenir à la question; entre 1974 et 1976, la British Aikido Federation avait l’habitude d’envoyer des instructeurs lors de stages mensuels et le premier instructeur Japonais à se rendre Irlande fut Kanetsuka sensei. Il revint régulièrement entre 1976 et 1996. D’autres visiteurs venants d’Europe, des Etats Unis et du Japon venaient aussi pour s’entrainer ou faire cours; la plupart d’entre eux avaient d’ailleurs pratiqué au Japon.

G.E.: Comme vous l’avez dit, la pratique de l’Aïkido était assez confidentielle au tout début ; de quelle façon avez-vous réussi à compléter votre entrainement dans ces conditions?

J.R.: Je me rendais au Royaume Uni souvent car là-bas, nous avions des stages tous les deux mois avec Terry Ezra ou Kanetsuka sensei. De plus, monsieur M. Sekiya est venu fréquemment nous rendre visite entre 1979 et 1987. Nous avons pratiqué ainsi et de façon quotidienne pendant de nombreuses années.

John Rogers with Detta Dickinson

G.E.: Je suppose qu’il n’était pas aisé, à l’époque, de concilier cette passion pour l’Aïkido et vie professionnelle.

J.R.: Au contraire, pas de problème. Pas de boulot pas d’argent, pas d’argent rien à manger, rien à manger et c’est la mort – par conséquent comment pratiquer? (rires) Lorsque j’ai terminé l’université, travailler m’a permis d’acquérir les compétences nécessaires afin de créer un cabinet de formation et de conseils. J’étais jeune père de famille, c’était une époque intéressante et heureuse.

G.E.: A quel moment vous-êtes vous dit qu’il y avait un potentiel en Irlande pour l’établissement d’un dojo professionnel?

J.R.: Cette question intéressante mais elle n’est en fait pas tout à fait appropriée à ce qui s’est vraiment passé. En 1986, l’Irlande a fait face a une crise économique et vu que début 1987, mon entreprise n’allait pas très bien, j’ai pensé devoir émigrer. En même temps, j’ai réalisé que je pourrais peut-être mettre a profit le fait que j’avais du temps libre pour chercher un local et pour ouvrir un dojo au centre ville. J’ai trouve l’endroit idéal et la vie au dojo a commencé. Etant donné que je me suis vu refuser mon visa, j’ai décidé de continuer comme cela. Comme vous le voyez, ce n’était vraiment pas le fruit d’une étude de marche.

G.E.: A la différence de la France, le gouvernement intervient très peu dans les affaires des fédérations d’arts martiaux ; que ce soit en terme de contrôle des grades et surtout de subventions ; pourriez-vous nous expliquer les principales différences des deux systèmes ainsi que les avantages et inconvénients de cette indépendance ; je pense particulièrement a la mise a disposition d’installations sportives.

J.R.: Le gouvernement n’apporte aucun support à l’Aïkido mais ce n’est de toute façon pas son rôle. A mon sens, il devrait se concentrer sur la prise en charge des enfants, des personnes âgées et des malades. L’éducation, la santé et le respect de l’ordre sont ses attributions principales. En revanche, l’Aïkido est notre passion donc c’est à nous de nous organiser pour l’assouvir. Je pourrais évidement comparer les conditions de pratique en France et dans les autres pays mais dans quel but? Je vis en ici et je dois donc faire face aux conditions logistiques de mon pays. En fait, bien que l’Irlande soit un petit pays ; avec du bon sens, un peu de coopération et de détermination on peut en accomplir des choses.  Grace au règlement international de l’Aikikai, nous avons la permission d’organiser les passages de grades ici alors que dans d’autres pays, les arrangements doivent être fait avec le Honbu dojo.

G.E.: Pourriez-vous nous donner une description de votre organisation ; l’Irish Aikido Federation et des ses activités?

J.R.: L’Irish Aikido Federation a été constituée afin de promouvoir le développent de l’Aïkido en Irlande et ce, étroite coopération avec l’Aikikai Foundation. L’Ireland Aikikai est l’organisation des yudansha Irlandais; c’est par la qu’ils opèrent la fédération. Le président est monsieur Eoin de Buitleir.  Nos activités sont : pratique, pratique et pratique ainsi que les passages de grade. Nous avons des stages mensuels pour les bases, des stages interclubs et des stages hauts niveaux. Notre stage de printemps est traditionnellement animé par un instructeur du Honbu dojo. J’enseigne pour ma part lors de stages dans tous les dojos membres de la fédération ainsi qu’au stage d’été annuel. Pour finir, nous recevons aussi la visite d’instructeurs étrangers deux fois par an.

G.E.: Lorsque vous vous retournez et contemplez les 35 dernières années, y a-t-il un instructeur qui à particulièrement marque votre pratique ou vous-même?

J.R.: La vérité est que je rencontre beaucoup d’enseignants et que je suis une personne facilement impressionnable. Pourtant, j’aurais du mal à placer un Shihan au dessus d’un autre. Cela dit, j’aimerais quand même mentionner monsieur Sekiya (1916-1996) qui était un associe de Yamaguchi sensei et un proche de K. Ueshiba. Il venait nous rendre visite fréquemment et bien qu’il n’était pas un instructeur professionnel, c’était un gentleman et son aide m’a été très précieuse.

Spring course with T. Kuribayashi

G.E.: Pendant le stage avec Kuribayashi sensei, vous avez fait mention de vos objectifs initiaux lors de vos débuts en Aïkido. Quels étaient-ils?

J.R.: Lorsque j’ai commence, je voulais être fort. Plus tard, j’aspirais à être capable d’enseigner aux autres et je voulais que l’Aïkido se développe durablement en Irlande.

G.E.: J’ai l’impression que le principal a été atteint alors; d’autres buts pour les 35 prochaines années?

J.R.: Dans 35 ans ? J’en aurai 89 ! En fonction de mon état physique et des circonstances, je resterai à « tatamiland » aussi longtemps que je le pourrai.

G.E. : Pour finir, y a–t-il un message que vous souhaiteriez faire passer aux Aïkidokas francophones ?

J.R.: OK, prenez soin de vous et profitez de votre vie; surtout ne croyez pas tout ce que vous lisez…

G.E.: Merci beaucoup d’avoir pris le temps de répondre a ces quelques questions John.

J.R.: De rien, le plaisir est pour moi. Tá fáilte romhat (Merci de votre intérêt).

L’Irish Aikido Federation organise des stages tout au long de l’année avec des instructeurs Japonais et Européens. Les visiteurs étrangers sont toujours les bienvenus et bénéficient de tarifs réduits. Plus d’informations sur http://www.aikido.ie



 
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