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GuillaumeErard
Rencontre avec Micheline Tissier, 6e dan Aikikai
Dimanche, 11 Janvier 2009 21:00
Micheline Tissier

Cela faisait un bon moment que nous désirions nous entretenir avec Micheline Tissier qui est la première Européenne à s'être vue décerner le grade de 6e dan Aikikai par le Doshu Moriteru Ueshiba et une des rares femmes à occuper un poste technique dans une fédération d'Aïkido. Dans cet entretien, elle nous dévoile ce qui l'a amené sur les tatamis d'Aïkido et nous livre son opinion franche et sans détours sur quelques uns des sujets phares qui touchent à notre art.

 

Guillaume Erard : Bonjour Mme Tissier, merci de nous avoir accordé cet entretien. Vous avez commencé l'Aïkido au Japon. Pourquoi vous trouviez vous à Tokyo et pourquoi ce changement de discipline après des années passées à pratiquer la danse ?

Micheline Tissier : Je me trouvais à Tokyo suite à des problèmes familiaux qui ont amené mes parents à « m'expédier » au Japon où résidait mon frère. Je n'avais que 15 ans et la danse n'était pas mon activité principale à cet âge, bien que mon professeur envisageait une carrière pour moi. Je faisais principalement de l'athlétisme ma spécialité était le 1200m. J'ai d'ailleurs  pratiqué le footing tous les jours jusqu'à l'âge de 40 ans.

G.E. : On connaît bien la façon dont se déroulent les cours à Tokyo, mais comment les débutants sont-ils instruits là-bas par rapport à la France où le système pédagogique est très poussé ?

M.T. : En arrivant au Japon, l'Aïkido a tout d'abord été une obligation pour obtenir un visa d'étudiante. J'ai passé deux mois obligatoires au cours débutants qui se trouve au 1er étage. Je ne peux pas dire que cela ait été une partie de plaisir, dans ce cours on apprend essentiellement les déplacements, les chutes, et la marche à genoux. Cela ne dérangeait pas les Senseï de nous faire marcher autour de la salle pendant une heure afin que le suwariwaza soit satisfaisant, à ce rythme j'avais les genoux et le dessus des pieds en sang et comme je pratiquais tous les jours, aucune cicatrisation n'était possible. À la sortie, je voyais les visages réjouis des Français qui travaillaient au dessus et je ne comprenais pas, car en ce qui me concernait je ne m'amusais pas du tout.

G.E. : Est-ce que le fait d'avoir commencé la pratique au Japon a apporté quelque spécificité à votre Aïkido ?

M.T. : L'Aïkido que l'on pratique  au Japon est le même qu'en France, je ne vois pas pourquoi le fait de commencer au Japon m'aurait apporté une quelconque spécificité dans mon Aïkido. Par contre, j'ai toujours été très à l'aise en suwariwasa (rires) !

Micheline Tissier

G.E. : Vous faisiez face à un multiple challenge, car vous étiez une débutante, étrangère et surtout une femme. Avez-vous ressenti des difficultés particulières ? Quelle était l'attitude des pratiquants japonais par rapport à vous.

M.T. : Je n'ai jamais senti d'hostilité particulière, les Japonais étaient gentils et le fait que je sois une femme ne changeait rien ou alors peut-être étais-je trop jeune pour m'en apercevoir. Il est vrai qu'à cette époque il n'y avait pas beaucoup d'étranger au japon et une blonde avec des cheveux longs ne passait pas inaperçue, j'habitais dans une famille japonaise et le fils de la maison avait le même âge que moi, je n'ai réussi à l'approcher que quelquefois et sous la contrainte de son père qui aimait beaucoup les Français.

G.E. : Y avait-il des enseignants que vous suiviez particulièrement ?


M.T. : Je pratiquais surtout avec Maître Massuda et Maître Ichihashi qui étaient tous deux  un peu plus accessibles  à la débutante que j'étais. C'est un peu plus tard que j'ai osé aller au cours de Yamaguchi Senseï et de Ueshiba Senseï.

Micheline Tissier

G.E. : C'est au Japon que vous avez rencontré Christian Tissier, vous attendiez vous à rencontrer un autre Français au Hombu Dojo ? Fut-il un sempaï pour vous là-bas ?

M.T. : Je suis en fait tombée dans le monde français des pratiquants d'Aïkido et c'est donc comme cela qu'un matin je me suis retrouvée sur le tatami de l'Aïkikaï. Ma première leçon (au Japon on reste une heure avec le même partenaire) m'a été donnée par Christian Tissier qui était le sempaï de tous les étrangers et aussi un ami de mon frère, mais ce n'était pas le seul français là-bas. Christian était le sempaï de tous les Français pratiquants au japon à cette époque, il était donc également mon sempaï et c'est à ce titre qu'il m'a fait faire mon premier cours d'Aïkido.

G.E. : Pratiquiez-vous  également le kenjutsu de l'école Kashima Shin Ryu ?


M.T. : Je n'ai jamais pratiqué d'armes au Japon, j'ai commencé en France avec Christian.

G.E. : À votre retour du Japon, vous vous êtes mariés et l'êtes restés pendant 22 ans. En tant qu'enseignant d'Aïkido, ne vous êtes-vous jamais senti obligée de rester « dans l'ombre» de votre mari ?

M.T. : J'ai commencé à enseigner l'Aïkido 11 ans après notre retour du Japon, c'était à Vincennes en 1989, il y avait à l'époque deux cours simultanément (je crois que cela est toujours le cas), un cours pour tous grades et un cours pour les débutants dans lesquels ils restaient 3 mois ou plus, un peu comme au Japon. Christian m'avait laissé le cours débutant, je n'ai obtenu sa confiance que lorsque les débutants après leurs 3 mois obligatoires refusaient de passer dans son cours. L'année suivante nous déménagions dans le sud de la France, car notre fils avait de très gros problèmes d'asthme à Paris. Je n'ai repris l'enseignement qu'en 1997 à Nice dans un dojo que nous avions ouvert sur le port alors que nous venions de nous séparer. Pour ce qui est de rester dans l'ombre la question ne s'est jamais posée, mais il est évident que Christian a toujours été mon senseï et, enseignante ou pas, le rôle d'une femme de senseï est de rester dans l'ombre, surtout dans le système japonais.

G.E. : Aujourd'hui, retournez-vous pratiquer au Japon ?

M.T. : Pas depuis la mort de maître Yamaguchi.

Micheline Tissier


G.E. : Vous avez reçu le 1er dan des mains de Tamura senseï, avez-vous dû « adapter » votre Aïkido à ce qui se faisait en France à l'époque ?

M.T. : Votre question va en faire sourire quelques-uns, je le répète l'Aïkido au Japon et l'Aïkido en France est le même. Nous étions à l'époque dans la même organisation que  Maître Tamura et nous participions donc à ses stages, c'est au cours de l'un d'entre eux que j'ai passé mon 1er dan, les passages de grades se faisaient toujours à la fin du stage. Je n'avais pas été prévenue et Christian m'a appelé et m'a dit : « tu passes ton 1er dan aujourd'hui, maintenant ». C'est sans préparation spéciale que je me suis lancée.

En ce qui concerne les grades j'ai toujours entièrement fait confiance à Christian. Je n'ai jamais eu de préparation spéciale de sa part pour aucun des examens que j'ai passés. Quand il jugeait le moment venu, je passais un grade. Je trouve cela tout à fait normal de la part d'un professeur.

G.E. : Tous les gens qui ont pratiqué avec Christian Tissier à cette époque soulignent son exigence extrême et même sa sévérité. En était-il de même pour vous ?

M.T. : Je pense que mon niveau actuel en est la conséquence, Christian était à cette époque très dur avec lui-même et forcément très dur avec les autres, il était à fond dans le système japonais, il ne passait rien à ses uchi deshi  et comme je n'ai pas choisi de pratiquer l'Aïkido en dilettante comme beaucoup de femmes de senseï le font, j'ai subi le même traitement, mais ceci était mon choix. Les stages étaient beaucoup plus longs à l'époque; 3 heures par matinée et 3 heures par après-midi soit 12 heures au total pour le week-end, plus les entraînements de la semaine comptant au minimum 2 heures par jour.  En plus de sa rigueur, j'ai quand même fait ce qu'il fallait pour y arriver. Cela dit, il est vrai que l'Aïkido nous a unis en quelque sorte, mais nous a désunis aussi, car il n'a pas toujours été très facile  de se faire reprendre sévèrement sur le tatami  et d'arriver à la maison en disant : « coucou tout va bien ».

G.E. : Vous disiez plus tôt que vous aviez commencé l'Aïkido un peu par obligation, quand et dans quelles conditions avez-vous décidé de vous consacrer à cette discipline ?

M.T. :
Je n'ai pas vraiment décidé de me consacrer à l'Aïkido, mon tempérament est tel que lorsque je décide de pratiquer une discipline je m'y mets à fond, cela a été pareil pour la danse que j'ai pratiquée intensément jusqu'à obtenir un niveau professionnel puisque je remplaçais le professeur du club quand cela était nécessaire.

G.E. : En tant que femme de Senseï, sentiez-vous que vous deviez travailler plus dur pour être considérée comme l'égal des autres et pas comme «  femme de » ? La relation hiérarchique sur le tatami est-elle facile à vivre pour un couple ?

M.T. :
Je n'ai jamais perçu les choses comme cela, c'était dur pour les autres, dur pour moi aussi, on était tous solidaires sur le tatami. Et jamais personne ne m'a fait une quelconque remarque à ce sujet. En tout cas, ceux qui sont restés proches de Christian jusqu'à aujourd'hui « malgré son rigorisme » lui sont très reconnaissants du niveau qu'ils ont pu obtenir en Aïkido. Il en est de même pour moi, la rigueur qu'il a eue avec moi sur le tatami a donné des résultats peut-être au détriment de notre couple, mais je n'étais pas obligée d'accepter, j'aurai très bien pu m'arrêter. Quant à la relation hiérarchique, ça n'était pas toujours facile, mais je l'acceptais à condition qu'elle ne transpire pas en dehors du tatami.  Nous avons beaucoup de respect l'un envers l'autre actuellement, mais je dois ajouter que malgré cet aspect dur, dans la vie, Christian est un homme gentil et surtout très droit.

Micheline Tissier


G.E. : Passons maintenant à la pratique. Je me souviens d'un dossier de presse monté par la FFAAA il y a quelques années ou il était écrit : « N'importe quel mouvement en Aïkido peut-être accompli par une femme. Elle ne le fera pas de la même manière qu'un homme ». Etes-vous d'accord ?

M.T. :
Je ne comprends pas pourquoi une femme ne pourrait pas faire un mouvement de la même manière qu'un homme : parce qu'on est plus fragile ? Moins musclée ? Peut-être que tout cela doit être pris en compte, mais qu'en est-il pour un homme de 50kg face à un autre de 95kg. Est-ce seulement le sexe qui change la donne ?

G.E. : Où se situe, pour une femme, le travail d'adaptation à faire entre ce qu'un Senseï masculin montre et ce qu'elles peuvent pratiquer ?

M.T. : Heureusement, les femmes peuvent pratiquer le même Aïkido que les hommes et aucun effort d'adaptation n'est à faire quand un senseï masculin montre une technique, cela voudrait dire pour vous qu'il y a un Aïkido pour les hommes et un Aïkido pour les femmes. Je pense que les femmes vous remercient, mais aucune traduction n'est nécessaire pour que nous comprenions. Comment feraient mes élèves dans ce cas ? Dans mon étude de l'Aïkido, je ne me suis jamais posée la question d'une quelconque différence, à niveau égal « grade » le meilleur était : le plus rapide dans la compréhension, la vitesse d'exécution et ceci aussi bien au féminin qu'au masculin.

G.E. : Il est écrit aussi dans ce livret que les « les femmes persévèrent davantage que les hommes au même niveau ». Qu'en pensez-vous ?

M.T.: Tous les partenaires que j'ai eus à l'époque sont devenus des professionnels ou bien des hauts gradés reconnus, je ne pense donc pas avoir eu plus de persévérance qu'eux, on  est tous arrivés au même résultat,

G.E. : On entend souvent dire que les femmes comprennent plus vite la nature de non-opposition de l'Aïkido. D'ailleurs, selon Henry Kono, O Senseï disait souvent « seules les femmes font de l'Aïkido ». Qu'en pensez-vous ?

M.T. : Vos questions sont très contradictoires, d'abord nous ne sommes pas capables de comprendre comme les hommes, maintenant nous comprenons mieux la nature de non-opposition ! Non, tout le monde comprend la nature de non-opposition de l'Aïkido, mais ceux qui s'investissent le plus, c'est-à-dire ceux qui s'entraînent le plus obtiennent plus de résultats, et il n'est pas question d'hommes ni de femmes là dedans. Peut-être l'avantage d'une femme va être justement de mettre moins de force dans l'exécution des techniques, donc un travail plus naturel, plus juste en tout cas au début, après quelques années c'est à voir !

Micheline Tissier


G.E. : Lorsque l'on parle à l'étranger de femmes pratiquant l'Aïkido, les noms de Virginia Mayhew (récemment décédée), Mary Heiny et Patricia Hendricks reviennent le plus. Avez-vous déjà eu l'occasion de rencontrer ces personnes et de partager vos approches de l'art ?

M.T. : Ces trois personnes, je ne les connais pas personnellement, j'ai rencontré Patricia Hendricks au Canada il y a une quinzaine d'années, elle était venue pour interviewer Christian qui faisait un stage là-bas. Christian a fait un stage d'Aïkido très récemment à San Francisco, dans lequel plusieurs senseï enseignaient et Patricia Hendricks faisait partie de ceux-là. Je n'ai pas connu Virginia Mayhew. Je sais que Mary Heiny est une dame de 65 ans à peu près, mais je n'ai jamais eu l'occasion de partager quoi que ce soit avec aucune d'entre elles, c'est dommage, mais peut-être un jour !

G.E. : Votre renommée fait que les gens ne viennent probablement pas chez vous par hasard. Comptez-vous plus de femmes dans vos dojos que dans les dojos où c'est un homme qui enseigne ?


M.T. : Quand nous avons ouvert le dojo de Nice c'est ce que nous avons pensé, mais en fait pas du tout : mon dojo est comme tous les dojos il y a beaucoup plus d'hommes que de femmes.

G.E. : S'il y a des débutants masculins qui viennent sans vous connaître au préalable, quelle est leur réaction lorsqu'ils s'aperçoivent que l'enseignant est une femme ?

M.T. :
Un débutant vient rarement sans avoir demandé au préalable des renseignements, c'est donc en toute  connaissance de cause qu'ils viennent s'inscrire. Vous savez la terre n'est pas peuplée que de machos, beaucoup d'hommes reconnaissent le haut niveau féminin dans les arts martiaux. Quant aux gradés ils viennent pour la technique pour se perfectionner ou pour les préparations aux passages de grades.

G.E. : Vous avez reçu le 6°dan Aïkikaï de la part du Doshu en janvier 2007. Vous êtes la première femme européenne à recevoir un si haut grade. Vous considérez-vous comme un modèle pour les femmes qui souhaiteraient pratiquer un art martial ?

M.T. :
Oui évidemment pour celles qui veulent pratiquer, mais aussi pour celles qui pratiquent déjà, d'ailleurs dans les stages les femmes sont nombreuses contrairement aux cours. Souvent elles me disent être très contentes d'avoir un modèle féminin de haut niveau. Elles me posent beaucoup de questions, m'encouragent souvent et c'est très agréable.

Micheline Tissier


G.E. : Vous enseignez régulièrement lors des cours pour enfants et vous avez développé une pédagogie très poussée basée sur des fiches et des images mentales. Quels sont, selon vous les bénéfices de la pratique de l'Aïkido  à ce jeune âge.

M.T. : Tour d'abord, je n'ai jamais eu une pédagogie très poussée pour les enfants et les fiches dont vous parlez font référence à un article paru sur Aïkido magazine dans lequel j'expliquais une méthode pour apprendre aux plus petits à retenir les noms des techniques. Les cours pour enfants n'ont jamais été une priorité pour moi, sincèrement je préfère les cours adultes, mais lorsque que l'on accepte de diriger un club on prend un ensemble.

L'Aïkido est un système d'éducation, à ce titre les enfants apprennent le respect envers les autres, (camarades, mais aussi professeur), le respect du tatami, du matériel, la droiture, ils apprennent à partager et c'est aussi une bonne activité physique à condition de ne pas faire n'importe quoi. Dans mon dojo je ne prends les enfants qu'à partir de 9 ans. Je pense que 9 ans c'est l'âge minimum pour commencer à faire de l'Aïkido, l'idéal serait 11 ans de mon point de vue bien évidemment.

G.E. : Un certain nombre d'enseignants disent qu'un enfant bénéficie peut-être plus au début d'une pratique sportive collective et compétitive et que c'est ensuite, à la lumière de ces expériences, qu'il pourra éventuellement se tourner vers un art non compétitif et individuel. Quel est votre avis sur ce sujet ?

M.T. : Il est évident que plus un enfant a de maturité mieux c'est, car l'Aïkido est un art difficile pas très adapté aux petits. Maintenant certains professeurs vous diront le contraire, mais là nous rentrons dans un grand débat !

Micheline Tissier

G.E. : Vous êtes l'une des rares femmes à occuper un poste technique au sein d'une fédération agréée. Pourriez-vous nous expliquer votre fonction au sein de la FFAAA?

M.T. :
Nous ne sommes effectivement que trois femmes. Nous faisons partie du staff technique de la fédération au même titre que les hommes, cela veut dire que nous pouvons être choisies pour être jury d'examen de passage de grades. Les ligues peuvent nous proposer pour animer un stage départemental ou autre. Nous pouvons aussi être choisies pour être DTR d'une ré gion.

G.E. : Si le nombre de femmes pratiquant l'Aïkido au sein des fédérations françaises est si important, comment se fait-il que si peu aient une fonction technique au sein de ces fédérations ?

M.T. :
Peut-être cela vient-il du fait que nous n'avons pas de compétition, contrairement au judo ou au karaté. Dans ces deux disciplines, les femmes ont été reconnues et placées dans des postes techniques beaucoup plus tôt car elles étaient des championnes. En Aïkido il a fallu se battre un peu plus, nous n'en avons que plus de mérite. En ce qui me concerne, je sais que certains présidents de ligue désireux de m'avoir en stage, ont fait la demande à la fédération.

G.E. : Plus d'un an après votre nomination par le Doshu au rang de 6ème dan on peut être surpris de constater que vous êtes toujours 5è dan pour la CSDGE. Pourriez-vous nous expliquer comment ce système marche et pourquoi l'un ne va pas automatiquement avec l'autre ?

M.T. : Théoriquement il y a un protocole d'accord avec le Japon, stipulant qu'aucun grade japonais ne peut être donné si la personne n'a pas au préalable le grade français. Mais il y a quelques exceptions notamment les personnes qui ont vécu au Japon se sont vues décerner un grade directement par le Doshu. Ce qui est mon cas, le Doshu m'a remis le 4ème dan en 1990, la France m'a ensuite donné mon 4ème dan avec plusieurs mois de retard. Pour  le 5ème dan cela s'est passé pareil, et pour le 6ème dan c'est à nouveau pareil. J'attends donc que les instances fédérales veuillent bien régulariser ma situation. Ceci étant dit, mes relations avec le Doshu remontent à 1976, c'est donc avec beaucoup de plaisir que j'ai reçu ce grade de sa part.

G.E. : Votre dojo de Puget sur Argens accueille de nombreux pratiquants issus de différentes organisations. Cette attitude ouverte des pratiquants à la base des pyramides fédérales est-elle selon vous un exemple à suivre afin d'aller au-delà d'un conflit qui n'a souvent rien à voir avec les pratiquants eux-mêmes ?

M.T. : Oui bien sûr, pénaliser les pratiquants ne résout en rien les problèmes fédéraux, je reçois tout le monde dans mon dojo quelle que soit la fédération d'appartenance, car je pense que les aïkidokas n'ont pas à subir les problèmes de la politique fédérale qui ne les concernent absolument pas. Que ce soit un exemple à suivre, je pense, que oui, mais que cela aide à aller au-delà du conflit fédéral je ne pense pas.

Micheline Tissier


G.E. : Parlons maintenant un peu de votre pratique. Quelles sont les spécificités de ce que vous proposez aux pratiquants ?

M.T. : Je n'ai pas de prétention à ce niveau, je leur apprends tout simplement ce que l'on m'a enseigné, en y mettant toute ma bonne humeur, ma personnalité, beaucoup de bases, quelques applications.

G.E. : Du point de vue de votre pratique personnelle, quels sont les principes que vous essayez de développer à l'heure actuelle ?

M.T. : Pratiquer l'Aïkido quand on est une femme n'est pas toujours évident, j'ai beaucoup été « testé », dans les stages notamment, d'abord parce que j'étais la femme de, ensuite dans mes propres stages et maintenant j'ai tout simplement envie de pratiquer pour moi, je n'ai plus rien à prouver si ce n'est à moi-même. Ma pratique est fluide, juste je pense et je trouve sans cesse de nouvelles applications que je partage avec mes élèves. Mon plus grand souci maintenant c'est que tout le monde se sente bien sur mon tatami et je crois que c'est le cas. Comme je le disais plus haut, il y a beaucoup de joie dans mon dojo et beaucoup de bonne humeur.

G.E. : Apres plus de 30 ans de pratique de l'Aïkido, qu'est-ce qui vous pousse le plus a toujours monter sur le tapis, est-ce l'enseignement ou bien votre recherche personnelle ?


M.T. : Les deux, l'enseignement est un aboutissement après autant d'années de recherche, c'est un partage aussi avec le plaisir de donner ce que les autres cherchent encore.
La recherche personnelle, j'en parlais plus haut c'est  trouver de nouvelles applications ou combinaisons en se disant que cela n'est jamais terminé, l'Aïkido est assez extraordinaire en cela.

G.E. : Vous êtes bien évidement représentante de l'Aïkido de l'Aikikai mais avez-vous déjà pratique dans d'autres styles (Yoshinkan, Iwama etc.) ?

M.T. : Je connais ces styles, mais je ne les ai jamais pratiqués.

G.E. : Nous parlions tout à l'heure du fait que vous accueillez régulièrement des pratiquants issus de l'autre fédération agréée. Au-delà des différences que l'on trouve d'un enseignant à l'autre, pensez-vous qu'il existe des différences fondamentales dans la pratique que proposent ces deux groupes et si oui, quelles sont-elles ?

M.T. :
J'ai toujours pratiqué l'Aïkido pour le plaisir et avec plaisir ; quel que soit le groupe d'appartenance l'Aïkido reste l'Aïkido, je pense qu'il y a parfois autant de différence fondamentale entre certains professeurs du même groupe qu'entre deux professeurs qui ne le sont pas.

G.E. : Les gens viennent à l'Aïkido pour une grande variété de raisons, mais qu'est-ce qui, selon vous, les pousse à rester ?

M.T. :
Certainement le fait qu'il n'y ait pas de compétition à proprement parler, mais que cette compétition soit individuelle : toujours plus toujours mieux seulement pour soi-même. Certainement aussi pour l'équilibre que l'Aïkido apporte dans la vie de tous les jours. Mais aussi pour les raisons que j'évoquais plus haut : la bonne humeur sur le tatami, l'ambiance, la grande famille qu'est l'aiki.

G.E. : Pour finir, y a-t-il un message que vous souhaiteriez faire passer aux lecteurs ?

M.T. :
Je souhaite bon courage à tous les aïkidokas dans le long chemin qui les attend, qu'ils ne perdent pas confiance, car la route demande beaucoup de persévérance.

Photos de Bruno Mathis

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Micheline Tissier

Pour aller plus loin:

Le site officiel de Micheline Tissier

L'interview avec Christian Tissier



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avatar Oisin Bourke
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Hi Guillaume,

I really enjoyed reading your interviews. I have practiced with Henry, Alan
Philippe, Cyril and John Sensei in the past and reading your articles brought back many fond memories and helped me reflect on my current training. I am currently in Japan practicing Daito Ryu Aikijujutsu. If you would like to talk about life in Japan and Keiko, you can contact me at the e mail below

Best regards,

Oisin Bourke

Oisin Bourke
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avatar Guillaume
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Thanks Oisin,

Yeah, Daito Ryu is definetely something I would like to focus my attention on in a near future, hopefully when I move to Japan at the end of the year. My friend Olivier Gaurin organises regular seminars in Tokyo with Kobayashi Sensei from the Takumakai. Perhaps we'll see each other on the tatami in a near future.
As I said to you before, I'd be happy to read and publish anything you might want to wirte on your practice ;)
All the best
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avatar ochi hatem
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hello I am coach maitre 4th DAN of Karate SILAT
Current regional trainer fights I have a team one Tunisia North africa and I ask to you whether you to give the hapness ,lucky and the authorization to take part in your next training course involves to us during its training courses and to make us amiliored our experience awaits your answer my best feelings, we have honor to participate ,thanks.
So long out of martial ground.
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avatar Guillaume
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Hi Ochi Hatem,

Sure, you guys are welcome anytime during our courses (altough it is AIkido we are doing, not Karate, neither Silat). I'll put you on the mailing list to keep you informed.

Kind Regards

G
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