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L'une des approches consiste à travailler, déséquilibrer ou prendre le centre de l'autre en utilisant son propre centre (figure n°1). Cela, c'est une approche « égocentrique » : je prends son centre ; lui et moi sommes bien distincts à tout moment de notre interaction. L'homme, en tant qu'animal conscient, accomplit naturellement ses activités dans cette optique.
Pendant le temps que j'ai passé à observer O Senseï, je me suis souvent demandé où se concentrait son attention. Comme beaucoup d'autres, j'ai la conviction que l'attention d'O Senseï était fixée sur le centre. La confusion réside dans le fait qu'il ne se concentrait ni sur son propre centre, ni sur celui de son partenaire, mais sur leur centre commun (figure n°2). C'est en ce sens qu'O Senseï déclamait : « lorsqu'uke m'attaque, il n'existe pas et Ueshiba n'existe pas ». Il disait cela lorsqu'il arrivait dans le dojo et qu'il était irrité de voir que nous ne faisions pas ce qu'il faisait. Dans cette formule, personne ne disparaît vraiment, mais les deux ne font plus qu'un. Ueshiba et uke n'existent plus en tant qu'entités individuelles, mais en tant que produit de leur interaction : c'est l'unité. Pas de Yin sans Yang, ni de Yang sans Yin.
Une autre difficulté : le centre n'est pas discernable au toucher. Le toucher distingue toujours ce qui est moi de ce qui est lui. Pour comprendre et appliquer le concept de « Yin et Yang », il faut aller au-delà de la perception sensorielle, aller vers quelque chose de plus simple et de plus évident. On aborde ici la question de la simplicité essentielle dans toute technique martiale. En cas d'agression, les facteurs physiques et émotionnels sont tels que seules les techniques simples, basées sur des principes simples, pourront trouver à s'exprimer. Beaucoup de grands maîtres d'arts martiaux disent à propos des techniques applicables « dans la rue » ou « en réflexe de survie » qu'elles sont les plus simples. On compte donc sur un minimum d'influx nerveux et minimum d'opérations cérébrales et physiques. Outre la vitesse d'exécution, ce qu'il est essentiel de comprendre, c'est que nous devons totalement accepter la figure n°2 afin que notre esprit, guidé par la peur, ne puisse nous faire passer en mode illustré par la figure n°1. Ce mode 1 est en effet celui où le « sentir » et l'émotionnel l'emportent. Selon moi, l'Aïkido n'est donc pas un art de « sentir » : c'est un art de « savoir ». Robert Nadeau (NDLR : Aïkidoka américain élève direct de O Senseï) m'a dit un jour qu'O Senseï lui avait confié que s'il comprenait le secret de l'Aïkido, il pourrait accomplir les mêmes mouvements incroyables que lui-même en seulement trois mois. Par conséquent, je suis persuadé que nous travaillons trop dur et que nous essayons trop fort, c'est pour cela que nous n'y arrivons pas. Nous nous rendons prisonniers du « savoir faire » plutôt que de chercher à juste savoir. Il faut souvent prendre du recul et considérer les choses sous un nouvel angle pour mieux les comprendre, c'est tout ce que je me propose de vous faire faire plutôt que de répéter des milliers de fois des techniques que vous connaissez déjà.
Si l'on veut utiliser ce principe en Aïkido, nous devons comprendre le point suivant : l'énergie Yang (ligne bleue continue) vient de l'extérieur et se dirige vers le centre ; l'énergie Yin (ligne verte pointillée) part du centre vers l'espace (figure n°3). Le point principal ici est de comprendre que Yin et Yang ne se touchent pas, mais que tous les deux sont reliés au centre. Ainsi, lorsque nous voyons le symbole (figure n°4), nous devons refuser de voir qu'ils se touchent l'un l'autre, mais percevoir qu'ils sont uniquement reliés par le centre. Ils agissent comme « un » depuis le centre afin de s'équilibrer l'un l'autre.